Les canons d’Athènes sont aux Beaux-Arts

La visite de ce mercredi nous a permis de mieux comprendre l’influence de la culture hellénique classique sur l’art de l’Occident au tournant des XIXe et XXe siècles. En effet, cette première a offert à celui-ci des modèles pour la représentation des idées modernes, à forte connotation politique.

Comme en témoignent les statues photographiées, l’artiste cherche à diffuser un idéal esthétique harmonieux proche de l’ordre nouveau de ce siècle de révolutions profondes tant sociales que morales : on s’inspire alors de la mythologie, riche en symboles :

Athéna apporte aussi bien la Guerre qu’elle inspire la Sagesse qui vainc l’ancien ordre corrupteur et coercitif ; cette image est aussi celle de la déesse protectrice de la Cité qui invente le régime démocratique, vecteur au sens contemporain de Liberté, de Bonheur et de Stabilité. Ces trois notions indissociables pour l’artiste sont représentées par la puissance du javelot justicier et droit ainsi que par la branche d’olivier pure (la pureté est dans l’art antique présente dans la couleur et non dans la blancheur de la statuaire), des symboles que les Révolutions et/ou les Lumières américaines et européennes ont voulues universelles, les sociétés par elles renouvelées les portent au Monde (la domination coloniale en est ainsi justifiée).

– La sculpture de l’union de Léda et de Zeus métamorphosé en cygne demeure toutefois bien ancrée dans la conception classique : elle est inspirée d’une autre statue retrouvée à Rome à la fin des années 1810, et son auteur a voulu seulement exprimer l’idée de distance entre deux êtres chers et différents.

La représentation du célèbre combat entre Persée et Méduse interroge l’idée de dualité, dans une simplicité des traits, lisses, qui sert le dessein de l’artiste : un être réputé supérieur en forces morale et physique terrassant par une aide extérieure un monstre redoutable est-il si parfait, mérite-t-il tant d’honneurs ; ce même monstre à terre, acculé au trépas, est-il aussi digne du sort qu’on lui réserve ?

– « Héraclès archer » : la personne mythique d’un fils de Zeus exprime en revanche la dualité du Héros antique : l’aspect sombre, animal, parricide s’oppose au rôle salvateur du demi-dieu qui éradique les oiseaux de proie autour du Lac Stymphale. Sa position terrienne, sa face brute, ses traits tirés (archaïsme) le rapprochent des notions de Patrie, de Peuple et de Tradition (nationale ?) tandis que son élancement vers la hauteur réhabilite cette force brute pour la joindre à la valeur morale et à l’intelligence, essentielles pour vaincre l’ennemi, le concurrent ou le rival, nombreux en 1909.

-La statue de jeune fille (Athènes, vers le VIe siècle) peut aussi être considérée comme un archaïsme : cette Korê (jeune fille, ndlr) est l’allégorie de la perfection (idée simple en apparence, liée à la simplicité intellectuelle de la période) et de la recherche de la sagesse ; toutefois, on ne saurait attribuer cette qualité au sexe prétendu « faible », si bien que l’on pense qu’il s’agit d’une pupille. On peut aussi remarquer ce subtil mélange des techniques asiatiques et helléniques classiques, et l’apparenter à l’art étrusque contemporain (notamment au fameux sarcophage de Véies), qui témoigne d’un rapprochement des cultures par le commerce qui ouvre l’ère classique et démocratique à Athènes ; si la Korê avait joué un rôle majeur aux temps modernes, elle serait une pièce représentative de l’assimilation des cultures (la fin de l’Histoire ?) ou de l’impérialisme de la démocratie (celui d’Athènes aux deux siècles suivants, celui de la France ou du Royaume-Uni entre 1885 et 1960).

– Les Amphores opposent deux périodes, deux arts, et deux cités rivales politiquement : Corinthe, prépondérante au VIe siècle par le commerce de vases zoomorphiques inspirés par la mythologie et les civilisations orientales, et Athènes, à son apogée au siècle suivant, par la diffusion de son art anthropomorphique plus proche des réalités grecques. La céramique athénienne crée, outre des vases oblongs, des cratères (de krasis, mélange) et des Oenoka (coupes à vin) qui invitent au partage et à l’échange entre les citoyens des diverses entités de la nation grecque (que veut constituer et défendre Athènes par la Ligue de Délos) par la représentation de banquets garnis présidés par Dionysos et ses auxiliaires bacchantes et satyres, symboles d’ivresse et parfois d’excès ; ces étranges personnages et les images qu’ils véhiculent permettent aux Grecs de se définir comme peuple cultivé, civilisé, opposés à la Barbarie des Asiatiques et notamment des Perses menaçant leurs libertés.

Néanmoins, les céramiques corinthiennes et athéniennes se rejoignent en un point, l’adéquation à toute circonstance.

Cette visite nous aura permis de mieux comprendre l’apport culturel des arts helléniques dans notre civilisation, qui n’est pas seulement linguistique, politique, mais aussi idéologique : ces sculptures en sont de parfaites illustrations.

E.C. 2nde3

 

 

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